A l’occasion de l’anniversaire de la fermeture de la prison de Gannat, la Nuit des Musées donnera à entendre des paroles de prisonniers, voleurs, assassins, criminels, révolutionnaires, personnages réels ou fruit de l’imagination d’un auteur. Les textes choisis par les comédiens du Théâtre Atelier Bûle témoignent de ces destins hors du commun qui ont conduit des hommes et des femmes à l’aliénation et à l’enfermement.

Le théâtre Atelier Bûle a souhaité participer à cette nuit des musées et ce fut  l’occasion de proposer au cours des séances de l’Atelier de formation  qui se déroulent tous les vendredis de 20 h à 23 h, un travail d’acteur approfondi  sur la notion de personnages.

Les prisonniers  qui accueilleront les visiteurs au cours de la nuit des Musées ne sont pas toujours très recommandables.  Il n’est pas  facile d’endosser les personnalités complexes et paradoxales de criminels, de pervers, de révolutionnaires, de les rendre crédibles sans les caricaturer, il s‘agit donc de retrouver l’humain derrière des comportements parfois monstrueux, sans tomber cependant dans  la complaisance.

Hitchcock disait : « Meilleur est le méchant, meilleur est le film », peut-être parce qu’il réveille en nous des pensées, des sentiments que la morale et notre éducation nous ont appris à dompter mais dont  nous devons toujours mesurer la capacité à se réveiller si des circonstances s’y prêtent.

Si les monstres attirent et font peur en même temps, c’est peut-être parce qu’ils nous permettent de tenir à distance notre propre monstruosité.

Le bloc, la taule, à l’ombre, le ballon, le trou, en cabane, au gnouf, au violon, la geôle … le vocabulaire est riche pour exprimer la prison, l’enfermement, sans doute aucun à lui seul ne peut rendre compte de cet espace en dehors du monde et du temps, et chacun renvoie à un aspect particulier du vécu des prisonniers.

Les mots sont violents, pathétiques, résignés, révoltés, cyniques ou désespérés parfois monstrueux.

« Chacun a ses défauts,  ne comparons rien, mes bourreaux ne gagneraient peut-être pas au parallèle ! »

« Seriez-vous capable de me qualifier d’être malfaisant ? Est-ce que je fais le mal ? Le mal, c’est seulement être destructeur? Si c’est aussi simple que ça, les tempêtes sont malfaisantes … le feu, la grêle … »

« Je suis tellement désolée de vivre ici que je ne suis plus une créature humaine... »

« Ils ignorent que je suis eux et qu'ils sont moi....Ils ignorent qu'ils sont fascinés par le reflet de leur propre monstruosité.... »

« On se laisse emporter sans jamais savoir qu’on est parti. On peut disparaître, au point de ne plus savoir où on est. La solitude est une douleur physique, qui vous saisit tout entier et qu’on ne peut isoler dans une seule partie de son corps. »

« On m’a arrêtée à la sortie de la messe et emprisonnée. Comme je ne suis pas noble, je serai  brûlée vive. »

« Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien ; j’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. »

«  Je viens de voir, crayonnée en blanc au coin du mur, une image épouvantable, la figure de cet échafaud qui, à l'heure qu'il est, se dresse peut-être pour moi. »

« Je n'ai aucun regret ou, autrement dit, je ne peux pas vous dire si j'en ai ou pas, j'aime mieux avoir la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient la mienne ou celle de ma sœur. »

«  Si les femmes en prison vous font horreur, moi, c’est la société qui me dégoûte. Qu’on ôte d’abord le cloaque ! Quand la place sera enfin nette sous le soleil, plus personne ne s’enfoncera dans l’ordure »